Les termes qui trahissent les jeux vidéo localisés en japonais

Nous accueillons une fois de plus Hanenashi Error, qui va évoquer pour nous quelques termes que l’on retrouve dans les jeux vidéo japonais et qui sont typiques de productions occidentales localisées. Un exemple intéressant qui illustre à merveille la différence entre traduction et localisation (qui elle demande un certain effort d’adaptation culturelle).

Bonjour à tous !

Cette fois-ci, je vais me pencher sur les différences de vocabulaire entre les jeux développés au Japon et ceux développés à l’étranger puis traduits en japonais.

La comparaison entre les jeux japonais et occidentaux est un exercice assez courant. Par exemple, les héros de jeux vidéo japonais sont souvent de beaux et gentils jeunes hommes, alors que ceux des jeux occidentaux correspondent davantage à l’image du macho. Les jeux japonais ont tendance à être linéaires là où les productions occidentales laissent davantage de liberté au joueur. Les jeux japonais présentent des mondes fantastiques et imaginaires contrairement aux jeux occidentaux, plus réalistes.

Ainsi, les joueurs qui connaissent bien le jeu vidéo occidental, peut-être en jouant à des titres localisés en japonais, peuvent faire la distinction facilement entre ces deux « mondes ».

Dans mon cas, en travaillant en tant que traducteur de jeux vidéo occidentaux, j’ai remarqué quelques points qui distinguaient ces titres même sans avoir à y jouer. Et cela commence par les termes employés sur l’écran-titre.

Laissez-moi vous présenter quelques-uns de ces termes qui distinguent les titres localisés sur notre territoire. J’ai ajouté à chaque terme un score de probabilité. Plus ce chiffre est élevé, plus la probabilité que le jeu utilisant ce terme est occidental à l’origine est importante.

(1) « Nouvelle partie » Probabilité : 65 %
Il s’agit d’un terme classique que l’on trouve pour démarrer un jeu.Dans les jeux occidentaux, on retrouve souvent le terme New Game (Nouvelle partie). Au Japon, pourtant, on utilise plutôt des termes comme « Depuis le début ». Il n’y a pas de terme bien défini, cela dépend un peu du développeur. Mais si vous voyez le terme Nouvelle partie, il y a 65 % de chances que vous ayez à faire à un jeu occidental.

(2) « Bienvenue sur [nom du jeu] » Probabilité : 70 %
Vous trouverez ce terme aussi bien dans le jeu en lui-même que dans le manuel ou sur le site officiel du développeur. En japonais, cette phrase se réfère en général à des lieux, et c’est pourquoi vous trouverez rarement des jeux japonais employant ce terme. C’est une phrase typique des productions occidentales.

(3) « Audio/Vidéo » Probabilité : 75 %
Il s’agit bel et bien de termes typiquement occidentaux. Au Japon, nous utiliserions plutôt Son pour Audio et Graphismes/Paramètres de l’écran pour Vidéo.

(4) « Crédits » Probabilité : 80 %
Ce terme se trouvant dans le menu principal est lui aussi assez typique. Au Japon, on affiche simplement les crédits une fois le jeu terminé, et on utilise plutôt le terme anglais « Staff Roll » plutôt que Crédits.

(5) « Un joueur/Multijoueur » Probabilité : 90 %
Il s’agit ici d’une petite subtilité linguistique. Si les jeux occidentaux emploient souvent un nom pour ces termes, on utilise plutôt un verbe en japonais, par exemple Jouer seul/Jouer à plusieurs, qui sont des termes que l’on retrouve fréquemment. Il arrive très rarement que les jeux japonais utilisent des noms dans les menus, et ces termes indiquent donc à 90 % que le jeu a été localisé depuis une version étrangère.

(6) « SFX » Probabilité : 100 %
Il s’agit du terme utilisé pour activer/désactiver les effets sonores ou modifier leur volume. Je n’ai à ce jour rencontré ce terme que pour des productions occidentales traduites.SFX est l’abréviation de l’anglais Sound Effects. Mais en japonais, on se contente de reprendre les initiales, ce qui donne donc SE. Dans le monde du jeu vidéo, on reprend donc SE, ou éventuellement Effets sonores, mais en aucun cas SFX. Si vous trouvez un jeu développé au Japon utilisant le terme SFX, n’hésitez pas à m’en faire part et je passerai la probabilité de ce terme à 99 % !

C’est tout pour ces quelques exemples de termes que l’on peut trouver dans les menus et qui indiquent que le jeu a été traduit en japonais. Avis aux développeurs japonais : si vous voulez ajouter une petite touche occidentale à vos productions, n’hésitez pas à utiliser ces termes !

Si vous connaissez vous aussi des termes qui traduisent une origine étrangère, n’hésitez pas à nous en faire part. À très vite !

Ma voie vers la localisation de jeux vidéo

Cet article est la première contribution d’un de nos blogueurs invités, « Hanenashi Error ». Le billet original a été écrit en japonais et traduit pour votre plaisir !

Bonjour à tous ! Je suis Hanenashi Error, un grand amoureux de la localisation de jeux vidéo.
On m’a invité à contribuer régulièrement à ce blog, et j’espère que les lecteurs de Yoshino Trad apprécieront mes articles.

Passons à une rapide présentation personnelle. Je vais commencer par vous parler de ce qui m’a attiré vers le monde de la traduction.

À l’époque,  j’étais jeune et je ne comprenais pas encore le sens des mots traduction et localisation. Je devais apprendre l’anglais, et je cherchais une façon amusante de le faire, car malgré mes bonnes facultés d’apprentissage, j’étais plutôt du genre à m’endormir rapidement en lisant des livres…

Je me suis alors dit « Et si j’essayais de jouer à des jeux vidéo en anglais ? ». À cette époque, je ne connaissais pas le mot localisation, mais je savais que des jeux japonais étaient traduits puis vendus à l’étranger. En apprenant tout en jouant, je pouvais faire d’une pierre deux coups !

Je suis alors allé dans une boutique d’importation à Akihabara et j’ai commencé à me procurer les versions anglaises des jeux que je possédais en japonais. J’ai commencé par Final Fantasy IV sur Game Boy Advance. J’ai d’abord joué au jeu en japonais, en notant tous les messages du jeu dans un tableau Excel, que j’ai ensuite complété avec leurs équivalents anglais. Les messages des protagonistes, des villageois… je notais tout. Et ce processus laborieux finit par me lasser dès le deuxième village…

J’ai tout de même décidé de poursuivre le jeu en anglais. Je me suis cette fois contenté de noter les passages importants et les noms propres, puis de vérifier leurs équivalents en japonais. Rien que cela représentait beaucoup de travail, même pour des jeux plus légers en texte comme les jeux d’action, mais j’ai appliqué ce processus à plus d’une dizaine de titres.

Tableur Excel pour localisation de jeux vidéo

J’utilisais à l’époque ce tableur pour apprendre l’anglais, mais il est également pratique pour la traduction, et il m’arrive régulièrement d’y revenir. Il me sert également de référence pour retrouver les messages des différents personnages des jeux auxquels j’ai joué, et il s’agit donc d’une ressource que je conserve précieusement.

J’aimais comparer les différentes versions des textes de mes jeux, et c’est de là qu’est né mon amour de la localisation. Les traducteurs de jeux vidéo bénéficient d’une certaine liberté au niveau du style, ce qui donne souvent des résultats intéressants. Je me suis donc dit que ce métier avait l’air amusant.

En choisissant une autre méthode d’apprentissage, je m’ennuierais peut-être aujourd’hui à travailler dans un secteur complètement différent.

Au passage, mon mentor pour ce qui est du sous-titrage m’a expliqué qu’il allait souvent au cinéma voir des films occidentaux, et qu’il notait les sous-titres sur un petit carnet pour apprendre. Au final, comparer les versions en différentes langues de films, livres ou jeux pourrait bien être la meilleure façon de s’améliorer en tant que traducteur. Comme on dit, c’est en forgeant que l’on devient forgeron. Dans mon cas, c’est dans un autre but que je battais le fer, mais ce fut une expérience utile.

Si vous êtes un traducteur ou une traductrice vous-même, d’où vous est venue l’envie de faire ce métier ?

À très vite pour un nouvel article !